Comprendre les Mauves

Les Mauves forment un réseau de petites rivières au cœur du Loiret, façonnant depuis des siècles le paysage de Meung-sur-Loire et des communes voisines. Ces cours d’eau non domaniaux, issus de la nappe de Beauce, abritent une biodiversité remarquable et un patrimoine historique précieux. Comprendre leur fonctionnement, leur histoire et leurs enjeux, c’est se donner les moyens de mieux les protéger.

  1. Le Territoire
    Un réseau de trois rivières principales
    Les Mauves sont composées de trois bras principaux qui confluent avant de se jeter dans la Loire :
    • La Mauve de la Détourbe : cours principal, prend sa source à Baccon au lieu-dit La Détourbe (109 m d’altitude). Son cours est ponctué de nombreuses sources, ce qui lui permet d’être pérenne même en période d’étiage.
    • La Mauve de Montpipeau : naît à Huisseau-sur-Mauves près du château de Montpipeau (107 m d’altitude). Contrairement à la Mauve de la Détourbe, elle peut s’assécher en période de basses eaux (comme lors de l’été 2023).
    • La Mauve de Fontaine : prend sa source à Baccon au lieu-dit Haute Fontaine, près du château de la Touanne (107 m d’altitude). Elle est alimentée par de nombreuses sources dans le parc du château, garantissant son caractère pérenne.
  2. Géographie et hydrologie
    • Longueur totale : environ 42 km au total (les trois bras principaux)
    • Bassin versant : 277 km² (89% de territoires agricoles, 7% de forêts, 3% de zones urbanisées)
    • Communes traversées : Baccon (sources), Huisseau-sur-Mauves, Meung-sur-Loire, Baule (confluence avec la Loire)
    • Dénivelé : environ 22 mètres entre les sources (109 m) et la confluence avec la Loire (87 m)
    • Affluent principal : la Dourdaigne (7,1 km)
  3. La nappe de Beauce : régulateur naturel
    Les Mauves sont issues de résurgences de la nappe de Beauce, vaste réservoir souterrain s’étendant sur 10 000 km² avec une capacité de stockage estimée à 20 milliards de mètres cubes (soit 20 fois le volume du lac d’Annecy). Cette nappe joue un rôle de régulateur essentiel : elle alimente naturellement les Mauves avec un débit moyen de 1,27 m³/s à Meung-sur-Loire, garantissant une relative stabilité du cours d’eau même en période sèche.

  1. Les Courtils des Mauves
    Le Parc Départemental des Courtils des Mauves (environ 45 hectares) à Meung-sur-Loire est un espace naturel sensible classé ZNIEFF (Zone Naturelle d’Intérêt Écologique, Faunistique et Floristique). Les « courtils » sont d’anciens jardins marécagers, autrefois cultivés pour le chanvre et les légumes. Aujourd’hui, le site abrite une mosaïque de milieux humides : forêts galeries (aulnes, frênes, saules), roselières, prairies mellifères, mares et zones boisées naturellement reconstituées.

  • Histoire
    Des marécages assainis par les moines
    À l’origine, les sources de la nappe de Beauce se jetaient dans une vaste zone marécageuse insalubre. C’est le moine Saint Liphard (477-550) qui, installé à Meung-sur-Loire avec sa communauté vers 540 après J.-C., entreprit d’assainir le site en canalisant les cours d’eau et en créant des fossés. Ce travail colossal, poursuivi par les générations suivantes, a permis de rendre cultivables des terres autrefois inaccessibles et de maîtriser l’écoulement des eaux.

  • L’âge d’or des moulins (Xe – XIXe siècle)
    Dès le Moyen Âge, la configuration des Mauves — débit régulier et pente douce — a permis l’installation de moulins à aubes. Au XIXe siècle, pas moins de 37 à 38 moulins fonctionnaient le long des trois bras (dont 29 à Meung-sur-Loire) :
    • Moulins à farine (les plus nombreux), exploitant le blé de Beauce
    • Moulins à papier
    • Moulins « à tan » pour la tannerie
    Ces moulins ont façonné l’identité de Meung-sur-Loire, surnommée la « Petite Venise du Val de Loire ». Les meuniers livraient la farine à Orléans à dos d’âne, ce qui valut aux Magdunois le surnom d’« ânes de Meung ». Les bâtiments subsistent encore aujourd’hui, reconnaissables à leurs fenêtres en demi-lune. Le dernier moulin en activité, le moulin du Coutelet, a cessé son activité en 2009.
    Réglementation et gestion (XVIIIe – XXe siècle)
    L’exploitation intensive des moulins nécessita une réglementation stricte. L’ordonnance royale de 1787 régit l’entretien des Mauves : gestion du niveau d’eau, désenvasement des biefs, entretien de la végétation et des embâcles. Cette ordonnance, complétée par des règlements de 1854, fut appliquée jusqu’en 1950.
    Après 1950, avec le déclin de la meunerie, les moulins furent désaffectés et l’entretien abandonné. L’état des Mauves se dégrada progressivement. En 1986, le Syndicat du Bassin des Mauves et Affluents fut créé pour reprendre en main l’entretien des cours d’eau. Depuis 2018, c’est la Communauté de Communes des Terres du Val de Loire qui assure cette mission.
    Étymologie
    Le terme « Mauve » proviendrait du latin malva, ae, signifiant « la lente ». Un nom évocateur du caractère paisible et régulier de ces rivières.

Nature

  1. La ripisylve : végétation des berges
    La ripisylve — forêt riveraine — est cruciale pour l’équilibre écologique des Mauves. Elle stabilise les berges, filtre les pollutions, régule la température de l’eau et offre refuge et nourriture à la faune. Les essences adaptées sont :
    • Frêne commun (Fraxinus excelsior)
    • Aulne glutineux (Alnus glutinosa)
    • Saule blanc et autres saules (Salix spp.)
    • Cornouiller sanguin (Cornus sanguinea)
    • Viorne obier (Viburnum opulus)
    À éviter absolument : peupliers, conifères (résineux) et plantes ornementales exotiques, qui déstabilisent les berges, acidifient les sols et favorisent l’envasement.
  2. Flore remarquable
    • Iris des marais (Iris pseudacorus) : grandes fleurs jaunes vives
    • Reine des prés (Filipendula ulmaria) : plante mellifère aux fleurs blanches odorantes
    • Lysimaque commune (Lysimachia vulgaris)
    • Roselières : formations végétales dominées par les roseaux (Phragmites australis), rôle épurateur et refuge pour la faune
  3. Faune : un refuge de biodiversité
    Oiseaux (76 espèces recensées dans les Courtils)
    • Martin-pêcheur d’Europe (Alcedo atthis) : espèce emblématique, indicateur de bonne qualité de l’eau
    • Héron cendré (Ardea cinerea)
    • Fauvette des jardins, Roitelet huppé, Grimpereau des jardins, Pic épeiche
    • Oiseaux cavicoles favorisés par les nichoirs installés dans le parc
    Poissons
    • Brochet (Esox lucius) : prédateur emblématique, zones de frayères protégées
    • Truite fario (Salmo trutta) : exigeante en oxygène, indicateur de qualité
    • Gardon, Épinochette, Anguille européenne
    • Écrevisse à pattes blanches (espèce protégée, menacée par les écrevisses exotiques invasives)
    Mammifères
    • Loutre d’Europe (Lutra lutra) : retour confirmé en 2023 après des décennies d’absence !
    • Campagnol amphibie (Arvicola sapidus) : espèce protégée, inféodée aux zones humides
    • Chauves-souris : 12 espèces recensées dans le parc, dont la chauve-souris forestière utilisant les arbres creux comme refuge
    Amphibiens et reptiles
    • Grenouilles, tritons, larves de libellules dans les mares restaurées
    • Lézards verts, lézards des murailles, coronelles lisses (pierriers installés comme micro-habitats)
  4. Espèces invasives : une menace pour l’équilibre
    Les espèces exotiques envahissantes, introduites par l’homme, prolifèrent sans prédateurs naturels et menacent la biodiversité locale :
    Végétaux
    • Renouée du Japon : empêche le développement de la flore locale. 1 gramme de racine suffit à créer un massif !
    • Balsamine de l’Himalaya : croissance rapide, colonise les berges
    • Ailante (Ailanthus altissima)
    • Élodée du Canada, Myriophylle du Brésil : plantes aquatiques envahissantes
    Animaux
    • Ragondin et Rat musqué : dégradent les berges, porteurs de la leptospirose
    • Écrevisses exotiques (Louisiane, Pacifique, Américaine) : porteuses de l’aphanomycose, maladie mortelle pour l’écrevisse à pattes blanches
    • Tortue de Floride : prédation sur amphibiens et poissons